Pas de pied – Pas de cheval.

Citation de Philippe Etienne Lafosse (cours d’hippiatrique, Traité complet de la médecine des chevaux, 1772- France).

La pourriture de la fourchette est une affection liée le plus souvent à un défaut d’hygiène ou d’entretien des pieds même si certains chevaux semblent plus disposés que d’autres à développer cette pathologie.

Les chevaux aux pieds peu ou pas assez curés ou présentant des lacunes latérales profondes ainsi que ceux dont les box sont insuffisamment entretenus sont les plus exposés à cette maladie.

Les saletés accumulées dans les lacunes pourrissent entraînant la pourriture de la fourchette qui prend alors un aspect noirâtre et spongieux accompagné d’odeurs nauséabondes. L’infection se transmet alors à la corne qui noircit et se ramollit.

Cette pathologie très fréquente touche en moyenne 5 000 000 de chevaux chaque année aux USA, 4 000 000 en Europe.

L’origine infectieuse des pourritures du pied (en général) et de la fourchette (en particulier) est à la fois bactérienne et fongique (champignons).

Au cours de ces vingt dernières années, plusieurs centres de recherches universitaires (canadiens – américains  et européen – dont le nôtre en Belgique) se sont penchés sur cette pathologie afin de mieux la comprendre mais aussi d‘y apporter des solutions innovantes.

Résumé des recherches conduites sur cette maladie :
Le Dr Kuwano et son équipe ont réalisé une étude à partir d’échantillons prélevés sur des sabots de chevaux atteints de pourritures.  A partir de fines coupes histologiques, ils ont pu montrer pour toutes les lésions, que des espaces irréguliers étaient tapissés de bactéries basophiles, c’est-à-dire vivant dans des milieux alcalins.

Sur des chevaux suspectés d’onychomycose (c’est-à-dire d’infections dues à des champignons)  7 échantillons sur 10 ont révélé la présence de
Scedosporum Apiospermum et/ou de Pseudallescheria Boydii (considérés comme un telomorphe de Scedosporum Apiospermum, c’est-à-dire un développement au stade sexué).

La même équipe isole Génius Scedosporium, un champignon produisant une protéase qui s’attaque et dissout la corne du sabot et ce dans 70% des cas. Les protéases sont des enzymes qui détruisent et qui brisent les liens peptidiques des protéines.
L’équipe du Dr Michael Wildenstein isole d’autres souches de champignons comme Trichoderma sp, Mucor sp, Aspergillus Glaucus  et le Gliocladium sp.
Tous ces champignons (et la liste n’est pas exhaustive) identifiés sur des sabots atteints de pourritures sont des champignons cosmopolites, c’est-à-dire que l’on rencontre dans la plupart des régions de monde.

Ils sont aérobies, ils vivent donc en présence de l’oxygène de l’air.
Ils vivent et se développent sur des substrats variés, riches en matières organiques : litières animales, fumiers, excréments, boues, eaux souillées,
déchets végétaux, etc. Raison pour laquelle on les dénomme également «saprophages ».
Chez l’homme, ils colonisent fréquemment les bronches d’enfants atteints de mucoviscidose.
Ce sont également des opportunistes chez l’immunodéprimé (transplantés ou les patients recevant une corticothérapie prolongée).
Ils provoquent des atteintes viscérales (système nerveux central, endocardite), des arthrites, des kératites.

D’autres équipes comme celles du Dr Bellington, Dr Fontaine et du Dr Liu se sont intéressées à l’aspect  bactérien des infections du pied.
Plusieurs souches anaérobies pathogènes (vivant à l’abri de l’oxygène de l’air) ont été identifiées, comme par exemple Fusobacterium Necrophorum ou Dichelobacter Nodosus.
Au sein des prélèvements réalisés sur les tissus atteints, on constate que la plupart de ces bactéries vivent ensemble et au moins 10 souches différentes ont été recensées.

Pour la plupart d’entre elles, la survie dans le sol n’excède pas quelques semaines et elle nécessite de l’humidité et une température supérieure à 10 °C.
Les espèces du genre Fusobacterium, par exemple, font partie de la flore normale de l’oropharynx, du tube digestif et des voies génitales. Les infections peuvent survenir après un trauma chirurgical ou accidentel, un œdème, une anoxie, la destruction de tissus et des morsures d’animaux.
On les retrouve aussi bien chez l’humain que chez les animaux, dont le cheval, les bovins, le mouton, la chèvre, le porc et la volaille.

Fusobacterium est  responsable du syndrome de Lemierre (une pathologie rare mais grave chez l’homme).
Il s’agit une septicémie post- anginale qui associe fièvre, douleur cervicale et des symptômes pulmonaires. Elle est aussi responsable de 10% des maux de gorge aigus et 21 % des maux de gorge récurrents.

Les bactéries du genre Fusobacterium peuvent persister dans le sol jusqu’à 18 semaines. Elles survivent bien dans un sol humide avec un contenu élevé de fumier. Cependant, des études portant sur des boues fécales aérées ont montré que les concentrations de Fusobacterium étaient inférieures au seuil de détection après 24 heures. Dans les boues fécales non aérées, aucun changement n’a été observé quant aux concentrations de Fusobacterium dans les 24 premières heures, elles avaient par contre disparu après 6 jours.
Dichelobacter nodosus est, quant à elle, douée d’un fort pouvoir protéolytique (hydrolyse des protéines) et  cette bactérie synthétise
plusieurs protéases. Les souches virulentes produisent 4 sérines protéases acides et thermostables (V1, V2, V3, V5) et une protéase basique (BprV). Les souches douées d’un faible pouvoir pathogène excrètent 5 protéases acides et thermolabiles (B1, B2, B3, B4, B5) et une protéase basique (BprB) très proche de BprV.

Les protéases des souches virulentes sont actives sur la caséine, le collagène, l’élastine, le fibrinogène, la gélatine, l’hémoglobine et la kératine. Ces protéases sont impliquées dans la genèse des lésions et de ce point de vue, les plus importantes sont la kératinase qui dégrade la kératine (constituant majeur du sabot), l’élastase dont le substrat est l’élastine (constituant majeur des ligaments) et la gélatinase qui hydrolyse la gélatine (constituant majeur du tissu conjonctif). Les souches virulentes possèdent aussi un polysaccharide actif, appelé LPS.

Il est responsable de la réaction inflammatoire au sein des cartilages et des tissus conjonctifs.

Dichelobacter nodosus produit aussi des amines toxiques (ptomaïnes) qui favoriseraient la diffusion et de la putrescine responsable de l’odeur
caractéristique des lésions.

Les traitements

La prévention :

La prévention consiste à assurer une propreté quotidienne du box et à curer régulièrement le pied. On évitera également les pâtures de mauvaises  qualités.
Il est important aussi de consulter sans tarder un maréchal ferrant ou un vétérinaire. Un suivi régulier du maréchal ferrant (lors du renouvellement des ferrures, par exemple) est aussi vivement conseillé.Tout traitement consiste d’abord par curer le pied correctement et en profondeur afin d’ôter toute la pourriture visible ainsi que tous les tissus nécrosés.

Les antibiotiques :

Antibiotiques : en usage interne ou externe comme l’oxytétracycline, métronidazole, pénicilline. Efficacité bien démontrée mais les études récentes montrent l’émergence de résistances de plus en plus fréquentes aux antibiotiques.

Ces derniers seront réservés aux traitements des cas les plus graves.
L’Union Européenne encourage depuis plusieurs années la recherche de nouveaux traitements naturels alternatifs à l’usage des antibiotiques.

Les traitements locaux (topiques) :

Il existe dans la tradition équestre bon nombre de traitements locaux.

Parmi ceux-ci, la liqueur de Villate, le sulfate de cuivre en solution aqueuse, l’eau oxygénée, le formol, l’eau de Javel (hypochlorite de soude), la teinture d’iode, voire même l’acide sulfurique !

La liqueur de Villate est interdite d’usage au sein de la CEE depuis plusieurs années car sa composition était hautement toxique et son
efficacité assez médiocre.

Les solutions de sulfate de cuivre sont également interdites pour des raisons de toxicités environnementales. Les autres remèdes mentionnés ont comme soucis majeur d’être des solutions aqueuses, donc difficiles à maintenir en contact prolongé avec les zones infectées. Pour ce faire, elles demandent souvent l’usage de pansements, bandages, tampons à renouveler régulièrement. Certaines de ces préparations peuvent être forts agressives et douloureuses.  C’est le cas de l’eau oxygénée, du formol et bien évidement de l’acide sulfurique.

Il existe également dans la pratique courante, le goudron de Norvège aussi appelé goudron de pin, goudron officinal, goudron végétal, poix liquide. Il est obtenu par carbonisation du pin à l’abri de l’air puis par distillation C’est un produit visqueux et collant, de couleur noire.

D’après nos observations, le goudron de Norvège est à proscrire absolument en tant que première ligne de traitement car il aggrave souvent la  situation. En effet, il favorise  la prolifération bactérienne anaérobie car il isole la zone infectée du milieu extérieur, sans compter qu’ il est
ensuite très difficile à ôter.

Vers une nouvelle approche thérapeutique : Hoof Solution

Notre recherche a consisté à élaborer un onguent stable, collant, facile d’usage (appliquer avec un petit pinceau), ne nécessitant pas l’utilisation
de bandage, tampon, compresse et ce dans la plupart des cas.

Hoof Solution a un spectre d’action très large (à la fois fongique et bactérien) sans provoquer de résistance comme les antibiotiques.

C’est un produit sécuritaire, non agressif, respectueux de l’environnement et totalement naturel.

Il est également conseillé en usage préventif (une fois par semaine).

Les résultats des études conduites avec Hoof Solution ont fait l’objet de plusieurs présentations scientifiques lors de congrès internationaux de
médecine vétérinaire et de maréchalerie.